Comme dit Eric-Emmanuel Schmitt, les mots ne s'équivalent jamais. C'est leur raison d'être. Si un mot voit le jour c'est qu'il saisit quelque chose qu'un autre laisse échapper : tels la joie qui éclate, le bonheur qui s'étire et la félicité qui s'attarde.
La langue ne conserve pas deux mots strictement pareils : elle spécialise les usages et élimine le superflu.
Deux mots peuvent pointer le même objet mais de manière différente ; maigre et svelte qui décrivent un corps sans graisse mais l'un inquiète et l'autre caresse.
Selon le terme utilisé, il y a prise de position entre une entreprise audacieuse ou imprudente.
Le mot a une tessiture, il est doté d'un son, d'un rythme, il produit une musique.
Il a aussi une histoire, son étymologie en dit long; le travail descend d'un instrument de torture et le salaire trouve son origine dans la ration de sel distribuée aux soldats romains.
L'écrivain se doit de pister le mot juste. Les synonymes procurent des subtilités. Penser avec précision exige de s'exprimer avec précision.
Lorsque le lexique s'appauvrit, les nuances disparaissent, ainsi que notre appréciation du réel. De fait, rechercher le terme exact, aiguise le regard, affine notre sensibilité. Ecrire revient à observer les mots et leur redonner leur juste place.